Qu'est-ce que l'AAH ?

L'Allocation aux Adultes Handicapés (AAH) est une prestation sociale versée par la CAF ou la MSA pour les travailleurs agricoles, destinée à assurer un revenu minimum aux personnes en situation de handicap dont la capacité de travail est réduite ou nulle. Elle est accordée sur décision de la MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées), qui évalue le taux d'incapacité du demandeur.

L'AAH n'est pas une aide sociale ordinaire : c'est une allocation de compensation du handicap, qui reconnaît l'impossibilité ou la difficulté pour la personne concernée de subvenir à ses besoins par le travail. Son montant en 2026, 1 041,59 € par mois, est significativement supérieur au RSA (651,69 €) et représente environ 73 % du SMIC net.

La réforme majeure de la déconjugalisation, entrée en vigueur le 1er octobre 2023, a profondément transformé les droits des bénéficiaires vivant en couple. Avant cette réforme, les revenus du conjoint étaient pris en compte dans le calcul de l'AAH, ce qui pouvait réduire ou supprimer l'allocation d'une personne handicapée dont le conjoint avait des revenus corrects. Cette règle est désormais supprimée.

Les deux catégories d'AAH : AAH-1 et AAH-2

Il existe deux types d'AAH, selon le taux d'incapacité reconnu par la MDPH et la situation professionnelle du demandeur.

AAH-1 : taux d'incapacité égal ou supérieur à 80 %

Si votre taux d'incapacité est reconnu à 80 % ou plus par la Commission des Droits et de l'Autonomie des Personnes Handicapées (CDAPH), vous pouvez bénéficier de l'AAH-1. C'est la catégorie la plus commune. La durée d'attribution peut aller jusqu'à 10 ans renouvelables, voire être permanente si votre état de santé ne peut pas s'améliorer.

Dans ce cas, la CDAPH peut attribuer l'AAH de façon permanente (sans limite de durée), ce qui évite les démarches répétées de renouvellement. Cette option est généralement choisie pour les handicaps stabilisés et irréversibles.

AAH-2 : taux d'incapacité entre 50 % et 79 %

Si votre taux d'incapacité est compris entre 50 % et 79 %, vous pouvez bénéficier de l'AAH-2, à condition que la MDPH reconnaisse que vous avez une restriction substantielle et durable d'accès à l'emploi (RSDAE). Cette restriction doit être directement liée à votre handicap et vous empêcher de trouver ou de conserver un emploi ordinaire.

L'AAH-2 est accordée pour une durée de 1 à 2 ans renouvelables. La notion de RSDAE est appréciée par la CDAPH au cas par cas, en tenant compte de la nature du handicap, des conditions du marché du travail local et des efforts réels de recherche d'emploi.

La déconjugalisation de l'AAH depuis octobre 2023

C'est la réforme la plus importante pour l'AAH depuis des années. Avant le 1er octobre 2023, l'AAH était calculée en prenant en compte les revenus du foyer entier, y compris ceux du conjoint, du partenaire de PACS ou du concubin. Concrètement, une personne handicapée dont le conjoint gagnait plus de 1 500 € nets par mois pouvait se voir totalement privée de son AAH.

Depuis octobre 2023, les revenus du conjoint sont exclus du calcul de l'AAH. Seuls les revenus propres de la personne handicapée sont pris en compte. Cette réforme, réclamée par les associations depuis de nombreuses années, vise à garantir l'autonomie financière et l'indépendance économique des personnes handicapées vivant en couple.

Concrètement : une personne handicapée dont le conjoint gagne 3 000 € nets par mois peut désormais percevoir l'AAH à taux plein (1 041,59 €/mois) si ses propres revenus sont nuls ou faibles. Avant 2023, elle n'y avait pas droit.

Conditions d'éligibilité à l'AAH en 2026

Conditions personnelles

Vous devez avoir au moins 20 ans (ou 16 ans si vous n'êtes plus à la charge de vos parents). Il n'y a pas de limite d'âge supérieure, mais à partir de l'âge légal de la retraite, si vous remplissez les conditions, vous pouvez être orienté vers l'ASPA (Allocation de Solidarité aux Personnes Âgées). Vous devez résider en France de façon stable et effective, et être en situation régulière pour les ressortissants étrangers.

Condition de taux d'incapacité

Votre taux d'incapacité doit être reconnu par la MDPH à au moins 50 %, selon les critères du guide barème pour l'évaluation des déficiences et incapacités. Ce taux est évalué par la CDAPH sur la base d'un certificat médical détaillé et d'un dossier médico-social. Il tient compte de la déficience, des limitations d'activité et des restrictions de participation sociale.

Condition de ressources (uniquement les ressources personnelles depuis 2023)

Depuis la déconjugalisation, seules vos ressources personnelles des 12 derniers mois sont prises en compte. Le plafond de ressources annuelles est de 12 499,08 € (soit environ 1 041,59 €/mois) pour une personne sans revenu d'activité. Si vous avez des revenus d'activité, le calcul est différent (voir section cumul AAH et travail).

Montant de l'AAH en 2026 et calcul

SituationMontant mensuel 2026
AAH à taux plein (sans revenus)1 041,59 €
AAH avec revenus d'activité (partiel)Calculé selon revenus
Complément de ressources (supprimé jan. 2024)

Le montant de l'AAH est le montant maximum moins vos revenus personnels. Si vous n'avez aucun revenu, vous percevez 1 041,59 €/mois. Si vous avez des revenus, l'AAH est réduite en conséquence. La formule est : AAH versée = 1 041,59 — ressources personnelles du mois.

AAH et travail : cumul possible

L'AAH est conçue pour encourager l'accès au travail, pas pour le pénaliser. Des mécanismes de cumul permettent de travailler tout en conservant une partie de l'AAH.

Travail en milieu ordinaire

Si vous reprenez une activité professionnelle en milieu ordinaire (contrat classique, auto-entrepreneuriat...), vous bénéficiez d'un cumul intégral pendant les 6 premiers mois : vous percevez l'intégralité de vos revenus d'activité ET l'AAH à taux plein. C'est une mesure d'incitation forte à la reprise d'emploi.

Au-delà de 6 mois, la CAF applique un abattement de 80 % sur vos revenus nets d'activité pour les premiers 30 % du SMIC, puis de 40 % au-delà. En pratique, vous continuez à percevoir une partie de l'AAH même avec un salaire modeste, jusqu'à ce que vos revenus dépassent un certain seuil.

Travail en ESAT (milieu protégé)

Si vous travaillez dans un ESAT (Établissement et Service d'Aide par le Travail), le cumul AAH + rémunération garantie ESAT est permanent et total. Les travailleurs en ESAT perçoivent une rémunération garantie entre 5 % et 50 % du SMIC, qui se cumule intégralement avec l'AAH.

Comment faire une demande d'AAH

1
Contacter la MDPH de votre département
La MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées) est le guichet unique pour toutes les démarches liées au handicap. Chaque département dispose de sa propre MDPH. Vous pouvez les contacter par téléphone, par courrier ou vous y rendre directement. La liste des MDPH est disponible sur le site mdph.fr.
2
Constituer le dossier MDPH
Le dossier de demande comprend un formulaire de demande (Cerfa n°13788*01), un certificat médical récent (moins de 3 mois) rempli par votre médecin traitant ou spécialiste, une pièce d'identité et un justificatif de domicile. Le certificat médical doit décrire précisément votre handicap, ses conséquences fonctionnelles et son évolution prévisible.
3
Instruction par la CDAPH
La Commission des Droits et de l'Autonomie des Personnes Handicapées (CDAPH) examine votre dossier et évalue votre taux d'incapacité. Le délai de traitement est de 4 à 6 mois en moyenne, mais peut être plus long selon les départements. En cas d'urgence médicale, un traitement accéléré peut être demandé.
4
Notification de la décision et demande à la CAF
La MDPH vous adresse une notification de décision précisant votre taux d'incapacité et la durée d'attribution. Sur la base de cette notification, vous déposez votre demande de versement à la CAF (ou à la MSA). La CAF vérifie vos ressources et démarre le versement à compter du 1er jour du mois suivant la demande.
5
Renouveler avant l'échéance
Si votre AAH est accordée pour une durée limitée (1 à 10 ans), vous devez déposer un dossier de renouvellement 4 à 6 mois avant l'échéance. La MDPH vous envoie un rappel mais il est prudent d'anticiper. En cas de handicap permanent et irrémissible, la CDAPH peut attribuer l'AAH sans limite de durée, ce qui supprime le renouvellement.

AAH et autres aides cumulables

L'AAH se cumule avec plusieurs autres aides qui améliorent significativement le revenu global des bénéficiaires.

APL : si vous êtes locataire d'un logement conventionné, l'Aide Personnalisée au Logement est cumulable avec l'AAH. L'AAH est prise en compte dans le calcul de vos ressources pour l'APL, mais le cumul reste avantageux.

CSS : les bénéficiaires de l'AAH ont automatiquement droit à la Complémentaire Santé Solidaire gratuite. Cette mutuelle solidaire couvre intégralement les soins courants non remboursés par la Sécurité sociale.

Chèque énergie : avec un revenu annuel inférieur à 11 000 €, vous bénéficiez du Chèque énergie envoyé automatiquement chaque avril.

PCH : la Prestation de Compensation du Handicap peut être cumulée avec l'AAH. Elle finance les aides humaines, techniques et d'aménagement du logement nécessaires au handicap.

Questions fréquentes sur l'AAH 2026

Non, l'AAH n'est pas soumise à l'impôt sur le revenu. Elle est totalement exonérée. Elle n'entre pas dans le calcul du revenu fiscal de référence. En revanche, vous devez la déclarer à la CAF chaque année pour permettre la mise à jour de vos droits. La rémunération des travailleurs en ESAT est elle aussi exonérée d'impôt sur le revenu dans certaines limites.
En cas de refus de la CDAPH, vous disposez de plusieurs recours. D'abord, un recours amiable auprès de la CDAPH elle-même, dans un délai de 2 mois suivant la notification. Si ce recours échoue, vous pouvez saisir le Tribunal judiciaire (pôle social) dans un délai de 3 mois. Il est fortement conseillé de se faire accompagner par une association de personnes handicapées ou un travailleur social pour constituer un dossier de recours solide.
Oui, mais le montant est réduit. Si vous êtes hébergé dans un établissement médico-social ou hospitalisé depuis plus de 60 jours, votre AAH est réduite à 30 % du montant plein (soit environ 312 €/mois en 2026). Cette réduction s'explique par le fait que l'hébergement et les soins sont pris en charge par l'établissement. Un minimum de 30 % est conservé pour vous permettre de faire face à vos dépenses personnelles.
Votre médecin traitant peut et doit remplir le certificat médical joint au dossier MDPH (Cerfa n°15695*01). Ce certificat décrit votre état de santé, vos déficiences et leurs conséquences fonctionnelles. C'est sur la base de ce certificat que la CDAPH évalue votre situation. La CDAPH peut également demander une expertise médicale complémentaire. Pour un dossier solide, accompagnez le certificat de votre médecin traitant de comptes rendus de spécialistes (neurologue, psychiatre, rhumatologue selon votre handicap).
L'AAH cesse d'être versée lorsque vous atteignez l'âge légal de la retraite et liquidez votre pension de retraite. Elle est alors remplacée par une majoration pour vie autonome ou, si votre pension est insuffisante, par l'ASPA (Allocation de Solidarité aux Personnes Âgées, ou minimum vieillesse). Si vous n'avez pas droit à la retraite à taux plein avant 67 ans, vous pouvez continuer à percevoir l'AAH jusqu'à cet âge.