Qu'est-ce que la rupture conventionnelle ?
La rupture conventionnelle homologuée est un mode de rupture du contrat de travail à durée indéterminée (CDI) créé par la loi du 25 juin 2008. Elle permet à l'employeur et au salarié de se séparer d'un commun accord, sans que l'un ou l'autre n'ait à justifier d'une faute ou d'un motif économique.
C'est aujourd'hui l'un des modes de rupture de CDI les plus utilisés en France, avec plus de 500 000 ruptures conventionnelles homologuées chaque année. Son succès tient à ses avantages pour les deux parties : le salarié perçoit une indemnité et conserve ses droits au chômage, l'employeur évite le risque prud'homal lié à un licenciement contesté.
La rupture conventionnelle ne peut pas être imposée par l'une ou l'autre des parties. Elle suppose un accord libre et éclairé. Si votre employeur vous presse de signer ou si vous vous sentez contraint, vous disposez de recours. La convention doit être homologuée par la DREETS (Direction Régionale de l'Économie, de l'Emploi, du Travail et des Solidarités), qui dispose de 15 jours ouvrables pour valider ou refuser.
Rupture conventionnelle et chômage : droits ouverts
C'est la question que tout le monde se pose en premier : la rupture conventionnelle ouvre-t-elle droit au chômage ? La réponse est oui, clairement et sans ambiguïté.
La rupture conventionnelle est assimilée à une perte involontaire d'emploi au sens de la réglementation de l'assurance chômage. Elle ouvre donc droit à l'Allocation d'Aide au Retour à l'Emploi (ARE) dans les mêmes conditions qu'un licenciement, à savoir :
Avoir travaillé au moins 6 mois (182 jours ou 910 heures) au cours des 24 derniers mois précédant la fin du contrat (36 mois pour les 53 ans et plus). Être inscrit comme demandeur d'emploi auprès de France Travail. Résider en France. Ne pas avoir atteint l'âge de la retraite à taux plein.
Le montant de l'ARE est calculé exactement de la même façon que pour un licenciement : 57 % du Salaire Journalier de Référence, avec un plancher de 32,13 €/jour en 2026. Utilisez notre simulateur de calcul ARE pour estimer votre allocation.
L'indemnité de rupture conventionnelle : calcul et minimum légal
La rupture conventionnelle donne obligatoirement lieu au versement d'une indemnité spécifique de rupture conventionnelle, qui ne peut pas être inférieure à l'indemnité légale de licenciement.
La formule de calcul légale
L'indemnité légale minimale est calculée sur la base de votre salaire de référence (le plus favorable entre la moyenne des 3 derniers mois et la moyenne des 12 derniers mois) et de votre ancienneté continue dans l'entreprise :
| Ancienneté | Indemnité par année |
|---|---|
| De 1 à 10 ans | 1/4 de mois de salaire par année complète |
| Au-delà de 10 ans | 1/3 de mois de salaire par année au-delà de 10 ans |
Les années incomplètes sont prises en compte au prorata. Un mois travaillé à 50 % d'un mois complet compte pour 50 % d'une année.
Exemples de calcul d'indemnité légale
| Ancienneté | Salaire brut mensuel | Indemnité légale minimale |
|---|---|---|
| 3 ans | 2 000 € | 1 500 € (2 000 × 1/4 × 3) |
| 5 ans | 2 500 € | 3 125 € (2 500 × 1/4 × 5) |
| 8 ans | 3 000 € | 6 000 € (3 000 × 1/4 × 8) |
| 12 ans | 3 500 € | 14 583 € (3 500 × 1/4 × 10 + 3 500 × 1/3 × 2) |
| 15 ans | 4 000 € | 20 000 € (4 000 × 1/4 × 10 + 4 000 × 1/3 × 5) |
Peut-on négocier une indemnité supérieure ?
Oui, le minimum légal n'est qu'un plancher. Rien n'interdit à l'employeur et au salarié de convenir d'une indemnité supra-légale plus élevée lors de la négociation. En pratique, le montant négocié dépend du rapport de forces entre les parties, de l'ancienneté du salarié, des motifs implicites de la rupture et de la politique de l'entreprise.
Attention cependant : une indemnité supra-légale génère un différé d'indemnisation plus long avant le versement de l'ARE (voir section suivante). Plus l'indemnité supra-légale est élevée, plus vous attendrez avant de percevoir votre première allocation.
Le délai de carence après une rupture conventionnelle
Entre la fin de votre contrat et le premier versement de l'ARE, plusieurs délais s'appliquent et se cumulent.
Le délai d'attente fixe : 7 jours
Un délai d'attente incompressible de 7 jours calendaires s'applique systématiquement après chaque ouverture de droits, quelle que soit la nature de la rupture du contrat.
Le différé congés payés
Si vous n'avez pas pris tous vos congés payés avant la fin du contrat et percevez une indemnité compensatrice, France Travail applique un différé correspondant au nombre de jours de congés payés indemnisés. Ce différé peut s'étaler de quelques jours à plusieurs semaines selon les congés accumulés.
Le différé spécifique lié à l'indemnité supra-légale
C'est le point le plus impactant lors d'une rupture conventionnelle avec indemnité élevée. France Travail calcule un différé supplémentaire en divisant le montant de l'indemnité supra-légale (la partie de votre indemnité qui dépasse le minimum légal) par votre Salaire Journalier de Référence (SJR). Ce différé est plafonné à 150 jours calendaires.
Récapitulatif des délais
| Délai | Durée | Applicable si |
|---|---|---|
| Délai d'attente fixe | 7 jours | Toujours |
| Différé congés payés | Variable | Congés non pris indemnisés |
| Différé supra-légal | Max. 150 jours | Indemnité > minimum légal |
| Total maximum | 157 jours | Cas le plus défavorable |
La procédure de rupture conventionnelle étape par étape
Fiscalité de l'indemnité de rupture conventionnelle
L'indemnité de rupture conventionnelle bénéficie d'un régime fiscal favorable, mais avec des plafonds à connaître.
Exonération d'impôt sur le revenu
L'indemnité de rupture conventionnelle est exonérée d'impôt sur le revenu dans la limite du montant le plus élevé entre :
2 fois la rémunération annuelle brute perçue l'année précédant la rupture, ou 50 % du montant de l'indemnité, ou le montant de l'indemnité légale ou conventionnelle de licenciement.
En pratique, pour la grande majorité des salariés, l'indemnité de rupture conventionnelle est entièrement exonérée d'impôt sur le revenu, dans la limite de 6 fois le plafond annuel de la Sécurité sociale (soit 272 088 € en 2026).
Exonération de cotisations sociales
L'indemnité est également exonérée de cotisations sociales salariales et patronales dans la limite du montant le plus élevé entre l'indemnité légale et 2 fois le plafond annuel de la Sécurité sociale (soit 90 696 € en 2026). La CSG/CRDS reste applicable sur la fraction dépassant l'indemnité légale.
Rupture conventionnelle vs licenciement vs démission
| Critère | Rupture conv. | Licenciement | Démission |
|---|---|---|---|
| Droit au chômage ARE | Oui | Oui | Non (sauf légit.) |
| Indemnité minimale | Oui (légale) | Oui (légale) | Non |
| Préavis | Non | Oui (sauf faute grave) | Oui |
| Accord des deux parties | Obligatoire | Non nécessaire | Non nécessaire |
| Risque prud'homal | Faible | Élevé | Faible |
| Exonération fiscale indemnité | Oui (plafonnée) | Oui (plafonnée) | N/A |




